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jeudi, juillet 31, 2014

You know you wish this was your story...

“My personal advice to the readers: (…) Women, try to keep your deep feelings of jealousy and hostility at bay… you know you wish this was your story.”
- Foreword by Nave Navarro, 2005-

    Pamela Des Barres, la plus célèbre des groupies et muses de l’histoire du rock’n’roll, livre ses mémoires dans un ouvrage fascinant, émouvant et drôle à la fois.


    Sa plume, pleine d’esprit et d’une troublante honnêteté, parvient à retranscrire l’univers libre et décadent des figures du rock d’alors incarnés principalement par Jimmy Page, Robert Plant, Keith Moon, Jim Morrison et Mick Jagger.
    Son récit oscille entre des extraits du journal qu’elle tenait à l’époque et ses réflexions rédigées a posteriori. Peu de différences finalement entre la jeune fille d’antan, désinvolte et enthousiaste, et la femme d’aujourd’hui, émerveillée et toujours aussi bouleversée par la musique et les hommes qui la créaient : "I loved music and the men who made it. I wanted to be close with the men who made me feel so damn good, and nothing was going to stop me. I wanted to treat a rock star… nice".
    Ce qui frappe avant tout à la lecture de ce témoignage est la candeur et la tendresse avec lesquelles Pamela Des Barres dépeint ses expériences charnelles ainsi que ses INNOMBRABLES coups de foudre et de cœur. Son point de vue semble en effet refléter l’état d’esprit de l’époque ; une période au cours de laquelle l’expression "Sex, Drugs & Rock’n’Roll" voyait le jour, où les relations sans lendemain étaient sans danger et synonymes de liberté de corps et d’esprit, où les substances hallucinogènes ouvraient les portes de la créativité et où le rock’n’roll se devait d’être joué plus vite, plus fort et de manière plus sensuelle que jamais.
    Pamela et ses amies, les GTO’s et Cynthia Plaster Caster pour ne citer que les plus célèbres, surent tirer profit des avantages qui s’offraient alors à elles dans le Los Angeles des 1970s. Une vision féministe pourrait les accuser d’avoir, au contraire, été les victimes consentantes de jeunes hommes prompts à abuser de leur charmes. Il va sans dire que Pamela ne souscrit en aucun cas à cette théorie. Elle se considère en effet comme "an American sexual pioneer", un être qui a suivi ses envies, embrassé sa liberté et sa sexualité, sans jamais se soucier de ce que les autres pouvaient penser ni coller à l’image que la société patriarcale tentait d’imposer aux femmes.

    Une lecture indispensable pour tous les amoureux de musique, des glorieuses années 60 et 70 et bien sûr pour les féministes (3ème vague s’entend^^) ! "I’m honored to have spend time with some of the finest and brightest rock’n’roll had to offer. I’d do it all again in a heartbeat". Un honneur pour nous aussi, lecteurs passionnés, d’avoir été les confidents privilégiés de Miss Pamela ! 




-V.

samedi, juin 07, 2014

You know what some might say...

"So then there was this book. This is my personnal catharsis, for what it's worth. It's not a sad story, despite the tragic and sometimes comic contents. It's a story of what made and shaped what to me is the best rock and roll band in the world today. So to all the people who see this book ad think, Oh look, Mr Paul Anthony Gallagher is cashing in on his brothers' myself come self-esteem and understanding of how all our lives have changed. I'm confident that not even my mam has got that catalogue." 
Introduction by Paul Gallagher.

Publié en 1996, j'ai seulement découvert l'existence de "Brothers from childhood to Oasis, the real story" il y a seulement quelques semaines. Rédigé par Paul Gallagher (l'aîné de la fratrie) avec l'aide de Terry Christian, journaliste et animateur radio, ce livre relate comme l'indique son titre, l'histoire des frères Gallagher, noyau d'Oasis...



Fan comme pas permis d'Oasis, je n'ai pas pu faire autrement que trouver ce livre passionnant! Paul nous confie des anecdotes d'enfance (au cours de laquelle les caractères de Noel et Liam se sont définis très tôt : un Noel discret et un peu renfermé sur lui-même et un Liam arrogant et fier de lui^^), la genèse du groupe et la Oasismania, le tout narré avec beaucoup d'humour, de franchise et de sensibilité sans jamais tomber dans le pathos. Nous y apprenons également des détails sur leur maman Peggy (un bien brave femme), leur père (infâme) Tommy et leur mariage toxique. Grâce à ce livre, Paul nous fait découvrir une autre facette de sa personnalité puisque le gaillard écrit plutôt bien et se révèle très attachant. Il nous aide aussi à comprendre les relations complexes entre ses 2 petits frères et c'est alors que l'on se rend compte que la séparation du groupe était malheureusement inévitable... Un indispensable pour tous les fans du groupe!





-A.

mercredi, mars 12, 2014

Tour the world with rock group, eat odd food with odd people, write about it.

Alex Kapranos, frontman du quatuor écossais Franz Ferdinand, en critique culinaire? Pourquoi pas...


Les livres sur la cuisine ou la nourriture en général sont loin d'être mes favoris mais voilà, celui-ci est écrit par Alex Kapranos et en tant que fan de Franz Ferdinand disciplinée et docile, j'y ai jeté un oeil. Initialement chroniques pour le journal britannique le Guardian en 2005, les différents chapitres qui composent ce "Sound bites" retracent les expériences culinaires (bonnes comme mauvaises) vécues par Mr. Kapranos et ses comparses. Et je dois avouer que, pour ma part, il s'agit d'une assez bonne expérience! Analyses des sensations gustatives, anecdotes amusantes et parfois émouvantes et blagues d'un goût douteux^^ sont au rendez-vous... De plus, le lascar a le mérite de nous faire voyager un peu partout (de Paris à Brooklyn en passant par Hong Kong ou Buenos Aires tout de même!) et nous décrit tout ce qui passe par son assiette avec une précision de passionné. Par ailleurs, les singulières illustrations d'Andy Knowles rendent l'ouvrage agréable à lire. Sans être un chef-d'oeuvre, "Sound bites : eating on tour with Franz Ferdinand" demeure une lecture sympathique qui permet d'en apprendre un peu plus sur la gastronomie à travers le monde (et de lire un peu dans la langue de Shakespeare), on en redemanderait presque^^...


-A.

vendredi, août 17, 2012

Little emerald bird, must we say goodbye?


Déjà 2 ans que la légendaire Patti Smith nous a conté son histoire amoureuse, tumultueuse et artistique avec Robert Mapplethorpe sous forme de petit bijou littéraire, heureux gagnant du National Book Award  for Nonfiction et du prix du livre rock 2010, nommé Just Kids. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais ce coup-ci j'ai joué au retardataire puisque je viens tout juste de le lire! Une chronique sur cet ouvrage me semblait donc indispensable...




Sur fond d'Amérique pré-hippie des années 1960-1970, Patti Smith retrace avec émotion et discrétion quelques épisodes de son enfance, sa rencontre avec son âme soeur, le photographe Robert Mapplethorpe, et leur parcours sur le chemin de la gloire. Entre son amour pour Rimbaud, son admiration pour Bob Dylan et sa passion pour l'art sous toutes ses formes, l’icône nous confesse ses rencontres inoubliables avec Jimi Hendrix, Janis Joplin ou encore Lou Reed, son mémorable séjour au Chelsea Hotel, ses voyages mélancoliques à Paris et le temps qui passe balayant Jim Morrison, John Coltrane et bien d'autres...
Une autobiographie touchante et palpitante nous permettant d'en savoir plus sur l'une des plus grandes rock stars féminines de tous les temps, sur sa singulière vie et son fameux collier persan!

L'avant-propos poignant

  Je dormais lorsqu'il est mort. J'avais appelé l'hôpital pour dire bonne nuit une dernière fois, mais il avait sombré, sous des couches de morphine. J'ai pressé le récepteur contre mon oreille pour écouter sa respiration laborieuse à travers le téléphone, sachant que je ne l'entendrais plus jamais.
  Ensuite, j'ai rangé mes affaires avec calme : mon carnet, mon stylo à plume. L'encrier cobalt qui lui avait jadis appartenu. Ma tasse persane, ma médaille Purple Heat, une boîte de dents de lait. Lentement, j'ai monté l'escalier en comptant les quatorze marches l'une après l'autre. J'ai remonté la couverture de la petite dans son berceau, embrassé mon fils endormi, puis je me suis allongée près de mon mari et j'ai dit mes prières. Il est toujours vivant, ai-je murmuré, je me rappelle. Je me suis endormie.
  Je me suis réveillée tôt et, en descendant l'escalier, j'ai su qu'il était mort. Tour était calme à l'exception du bruit de la télévision, restée allumée toute la nuit sur une chaîne culturelle. Ils passaient un opéra. La scène où Tosca calme avec force et chagrin sa passion pour le peintre Cavaradossi m'a attirée vers l'écran. C'était une froide matinée de mars, j'ai mis mon pull.
  J'ai levé les stores et la lumière du jour a inondé le bureau. J'ai lissé le tissu lourd qui drapait ma chaise et choisi le livre de peintures d'Odilon Redon, que j'ai ouvert sur l'image d'une tête de femme flottant sur une petite étendue d'eau. Les Yeux Clos. Un univers pas encore abîmé contenu sous les paupières pâles. Le téléphone a sonné, je me suis levée pour répondre.
  C'était Edward, le frère cadet de Robert. Il m'a dit qu'il avait donné un dernier baiser à Robert pour moi, comme il me l'avait promis. Je suis restée inerte, figée ; puis lentement, comme dans un rêve, je suis retournée à ma chaise. A cet instant, Tosca a commencé la sublime aria "Vissi d'arte". J'ai vécu pour l'amour, j'ai vécu pour l'art. J'ai fermé les yeux et joint les mains. La providence décidait des termes de mon adieu.

Just Kids-Patti Smith, 2010.





-A.




vendredi, août 13, 2010

Juliet Naked, Nick Hornby

    Une fois n'est pas coutume, c'est une critique littéraire d'un auteur dépeignant à merveille la culture pop que je vous propose aujourd'hui. N'ayez crainte, il ne s'agit pas de se lancer dans un exercice de style mais plutôt de vous livrer mon ressenti sur ce livre que j'ai beaucoup apprécié et qui trouve plutôt bien sa place au sein de ce blog dans la mesure où il relate l'histoire d'un fan et de son idole. Duncan est professeur d'université dans une petite bourgade anglaise nommée Gooleness. Il voue une passion sans borne à un chanteur de country-rock, Tucker Crowe, qui n'a plus rien écrit depuis 1986. Webmaster d'un site à sa gloire, Duncan publie des essais sur son oeuvre et analyse avec la communauté de fans les paroles de son artiste fétiche. Sa compagne depuis 15 ans, Annie, vaguement admiratrice du travail de Crowe, se doit de supporter la passion de Duncan qui vire, plus souvent que de raison, à l'obsession maladive. Ainsi, il choisit d'embarquer son couple par-delà les contrées américaines, afin d'y effectuer un véritable pélerinage censé l'aider à répondre à la question qui le taraude depuis plus de 20 ans: qu'est-ce qui a poussé Tucker Crowe à abandonner la musique? Selon toute vraisemblance, une visite impromptue dans les toilettes d'un bar de Minneapolis, aurait définitivement enterré sa carrière. Le fan brûlant d'amour pour son idole ne pourra que se reconnaître, parfois à contrecoeur il est vrai, dans ce portrait tant subtil qu'hilarant. Quant aux autres, ceux pour qui la musique n'est qu'un vague divertissement et pas un mode de vie et qui jamais, au grand jamais, ne passeraient des heures sous la pluie afin d'apercevoir pendant quelques secondes seulement leur idole, considèreront probablement Duncan comme un psychopathe fou dangereux. Nick Hornby, l'auteur du roman, se trouvait confronté à une délicate problématique; en effet, comment parvenir à décrire ses trois protagonistes sans les stigmatiser, sans les transformer en pantins victimes de leur propre caricature? Duncan est certes un fan transi d'admiration qui préfère sacrifier sa compagne à sa passion et qui jette ses factures à la poubelle, trop excité par l'arrivée de sa dernière commande Amazon. Mais c'est aussi un être sensible à la beauté de l'art et qui tente d'échapper à la morosité de sa vie en se raccrochant à un musicien qu'il idéalise à l'extrême, ainsi qu'à des cyber-amis qui le réconfortent et sont à même de le comprendre réellement. Annie, la compagne souffre-douleur, n'est pas ou plus vraiment amoureuse de Duncan, mais le sentiment de paralysie que lui procure sa vie, la rassure en quelque sorte. Elle vit avec un homme qui ne s'intéresse à elle qu'en pointillés mais cela lui évite ainsi de se lancer à corps perdu dans une passion destructrice. Quant à l'idole en question, celui dont le travail régit la vie entière de ce couple, il a choisi de quitter cette vie trop risquée et exaltante, sur un coup de tête, sans réfléchir. Depuis, il ne fait que sombrer sans ne plus vraiment rien ressentir. L'inspiration s'est envolée et la vie ne cesse de se dérouler sans que rien ne l'atteigne plus. Bien sûr, il est au courant de l'existence de ce site Internet particulièrement actif. Ses membre l'imaginent reclus, alcoolique, dépressif, en quête de cette lueur de génie qui a fait sa gloire pa le passé. S'ils savaient que celui qu'ils pensent être un poète maudit et torturé n'est en fait qu'un père de cinq enfants totalement désabusé, qui ne souhaite absolument pas remonter sur scène... Néanmoins, il se laisse convaincre par son ancien agent de sortir un nouvel album. Il ne s'agit en réalité que de démos de son dernier disque, Juliet, recueil de morceaux fougueux et incandescents, inspirés par sa compagne de l'époque. L'album Juliet, Naked (en hommage au fameux Let it be, Naked des Beatles) est une révélation pour Duncan qui y voit du génie à l'état pur, comme il le confie dans la critique qu'il rédige pour son site. Pour Annie en revanche, le projet est un échec cuisant. Toute la passion a disparu; les versions acoustiques desservent même la beauté qu'elle pensait avoir décelé dans Juliet. Exaspérée par l'enthousiasme de Duncan, elle s'attelle elle aussi à l'écriture de sa propre critique du disque. Incidemment, Tucker Crowe, qui approuve totalement son point de vue, la lit et lui envoie un mail. De cet échange va résulter la rencontre en chair et en os de nos trois héros. Hornby parvient à affiner les caricatures qu'il s'était évertué à mettre en place, pour livrer des portraits extrêmement touchants et plein de finesse. Point de morale ou d'analyse pseudo-psychanalytiques sur les effets pervers du fanatisme ou la nécessité de dissocier sa vie réelle de son avatar informatique. Le constat de ce récit est plus nuancé et offre une réflexion intéressante sur l'artiste et l'admirateur. Hornby confiait dans une interview que rencontrer son idole avait toujours quelque chose de décevant voire de pathétique. On s'attend à ce qu'elle nous propose de partir en vacances avec elle et finalement, on ne récolte qu'une poignée de main et un sourire gêné. L'artiste lui-même ne sait comment réagir face à quelqu'un pour qui son travail semble revêtir une telle importance. Duncan, en voyant Tucker en face de lui, ne le reconnait même pas. Tucker prend Duncan pour un déséquilibré car pour lui, ses propres chansons n'ont aucune valeur. C'est de cette incompréhension dont il est question. Hornby parvient à démontrer que paradoxalement, le fan et l'artiste ne sont pas vraiment sur la même longueur d'ondes. Lors de leur entrevue, Duncan qui comprend que Tucker n'est pas l'artiste génial et torturé qu'il imaginait, parvient à lui confier ce que tout fan ressent finalement:
"I don't pretend to understand what those songs meant to you, but it's the forms of expression you chose, the allusions, the musical references. That's what makes it art. To my mind, And...sorry, sorry, one last thing. I don't think people with talent necessarily value it, because it all comes so easy to them, and we never value things that come easy to us. But I value what you did on that album more highly than I think anything else I've heard. So thank you. And now I think I should leave. But I couldn't meet you without telling you all that". Alors, histoire de paraphraser ces bons vieux Abba: "Thank you for the music" car même avec le vocabulaire le plus érudit qui soit, il sera toujours impossible de retranscrire avec exactitude l'émotion que l'on ressent à l'écoute de sa chanson préférée...

Alors en bonus, une petite prestation live de ma chanson préférée à moi... Le morceau est déjà énoooorme mais les portraits qui défilent derrière sont hyper touchants! Mention spéciale à l'idole de Liam (et la mienne): l'extraordinaire John Lennon! Frissons garantis...


-V.