dimanche, août 05, 2012

Marilyn  Monroe était une légende.
Dans le temps de sa propre vie, elle a créé un mythe de ce qu'une pauvre fille provenant d'un milieu défavorisé peut réussir à atteindre. Pour le monde entier, elle est devenue un symbole de l'éternel féminin.
Mais je n'ai pas de mots pour décrire le mythe et la légende. Je n'ai pas connu cette Marilyn Monroe.
Nous tous qui sommes réunis ici et aujourd'hui ne connaissons que Marilyn, être humain chaleureux, impulsif, timide et solitaire, sensible et craignait d'être repoussé, et pourtant toujours affamé de vie et de satisfaction. Je ne vais pas violer l'intimité de vos souvenirs (intimité qu'elle recherchait et protégeait) en essayant de vous décrire celle que vous avez connue. Dans le souvenir que vous avez d'elle, elle est vivante, elle n'est pas une simple forme sur un écran ou une célébrité étincelante.
Pour nous, Marilyn était une amie dévouée et fidèle, une collègue constamment en quête de perfection. Nous avons partagé sa souffrance, ses ennuis et parfois sa joie.
Elle était un membre de notre famille. Il est difficile de croire que son goût de vivre ait été anéanti par ce tragique accident.
Malgré les sommets et l'éclat qu'elle avait atteints à l'écran, elle préparait l'avenir; elle se réjouissait de participer à tous les projets passionnants auxquels elle travaillait.
A ses yeux et aux miens, sa carrière ne faisait que commencer. Son rêve du talent, qu'elle nourrissait depuis l'enfance, n'était pas un mirage. La première fois qu'elle vint me trouver, je fus stupéfait par se sensibilité étonnante, qui, restée fraîche et intacte, s'efforçait de s'exprimer en dépit du régime auquel elle avait été soumise.
D'autres avaient sa beauté plastique, mais il était clair qu'elle avait quelque chose en plus, une chose que les gens voyaient et repéraient dans son jeu, à laquelle ils s'identifiaient. Elle avait une qualité lumineuse, combinaison de mélancolie, d'éclat, de désir, qui la mettait dans une catégorie à part et pourtant donnait à tous l'envie d'en faire partie, de partager cette naïveté enfantine à la fois si timide et si vibrante.
Cette qualité était encore plus visible lorsqu'elle était sur scène. Je regrette sincèrement que vous et le public qui l'aimait n'ayez jamais eu comme nous l'occasion de la voir dans les nombreux rôles qui annonçaient ce qu'elle aurait pu devenir. Cela ne fait aucun doute, elle serait devenue l'une des plus grandes actrices de théâtre.
A présent tout cela est fini. J'espère que sa mort attirera un peu de compréhension et de compassion sur une artiste sensible et sur une femme qui a donné au monde la joie et le plaisir.
Je ne peux pas dire adieu. Marilyn n'aimait pas les adieux, mais de la même façon qu'elle avait de retourner les choses afin qu'elles regardent la réalité en face, je dirai : au revoir.
Car ce pays pour lequel elle est partie, nous le visiterons tous un jour.

Éloge funèbre de Marilyn Monroe par Lee Strasberg.



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